Valeur 7 · principe fondamental
Human Authorship — la paternité ne se délègue pas
La septième valeur du framework AIAD est aussi son principe le plus structurant : la paternité de l'intention ne se délègue pas à l'agent. L'agent peut enrichir, questionner, affiner — il ne peut pas initier. Tout Intent Statement doit être rédigé en première personne par un humain identifiable.
Ce que la valeur dit exactement
Human Authorship trace la frontière qui rend l'orchestration d'agents IA viable à long terme : l'agent exécute avec excellence, mais l'intention appartient toujours à l'humain. Cette frontière n'est pas une posture philosophique — elle est opérationnalisée par une règle mécanique : en cas de doute sur l'intention, l'agent DEMANDE, il n'invente pas. Une intention devinée est traitée comme une intention trahie. C'est la déclinaison de la valeur 7 dans le quotidien de chaque session : l'agent qui « complète » un POURQUOI manquant pour faire avancer la tâche commet l'erreur la plus grave du framework, même si le résultat semble plausible.
Quand l'agent ne peut pas trancher, il émet un verdict JNSP (« je ne sais pas ») — un signal valide, jamais un échec.
Le champ Auteur humain — la friction qui marque l'appropriation
Le champ Auteur humain de l'Intent Statement est obligatoire et rempli délibérément — jamais automatiquement. Si un agent a rédigé l'Intent Statement, la session est invalidée. L'Execution Gate ne peut pas être passée sans un Intent Statement dont l'auteur est humain et identifiable.
Cette friction minuscule est intentionnelle : elle marque le moment de l'appropriation. Demander à l'agent de « proposer un Intent Statement pour gagner du temps » est l'anti-pattern canonique — le temps « gagné » se paie en dette intentionnelle, puis en drift. Les indicateurs de succès du framework exigent un auteur humain identifiable sur 100 % des Intent Statements.
Programmation agentique sérieuse vs vibe coding
La légitimation externe est venue en mai 2026 : la valeur Human Authorship correspond précisément à ce que Martin Fowler nomme la « programmation agentique sérieuse » — le développeur examine et valide le code généré — par opposition au « vibe coding » (Karpathy/Fowler), où l'auteur délègue sans validation. Elle prévient aussi la cognitive debt (Fowler/Joshi, 2026) : l'accumulation de code dont on accepte l'implémentation sans comprendre le modèle conceptuel sous-jacent. Ce qui n'a pas été compris une fois se répète — c'est exactement ce que documente la section Human Learnings de l'AGENT-GUIDE.
La preuve terrain : 29 585 PR
Le principe n'est pas seulement défendable en théorie — il décrit ce que l'industrie fait déjà à grande échelle. Sur 29 585 pull requests impliquant des agents, l'autorité de fusion reste « presque exclusivement humaine ». L'humain garde le dernier mot sur ce qui entre dans le produit, même quand l'agent a produit l'essentiel du code. AIAD formalise ce checkpoint plutôt que de le laisser implicite : c'est l'Execution Gate en entrée, la validation et le merge humains en sortie.
Le continuum d'autorité
Human Authorship ne se réduit pas à la rédaction de l'Intent Statement. Depuis la doctrine v1.9, la valeur se décline en un continuum d'autorité : chaque passage d'un niveau au suivant est un acte humain distinct, qu'aucun autre acte ne remplace. Cette règle décline la valeur 7 sans en modifier la portée.
| Niveau | Acte humain requis | Ce qu'il n'autorise pas |
|---|---|---|
| Consultation | Aucun — l'agent peut lire et proposer | Toute écriture de code ou d'artefact de production |
| Clarification | Répondre aux questions de l'agent | Répondre n'est pas consentir : aucune écriture de code ou d'artefact de production n'en découle |
| Validation de la SPEC | Ouverture de l'Execution Gate (SQS ≥ 4/5, Test de l'Étranger) | Le déploiement |
| Autorisation d'écriture | Lancement de l'exécution sur la SPEC validée | Toute action hors du périmètre de la SPEC |
| Autorisation de déploiement | Décision explicite, chaîne de preuve complète | Les actions irréversibles non déclarées |
« Écriture » désigne ici le code et les artefacts de production. Aux niveaux consultation et clarification, l'agent peut rédiger des brouillons d'artefacts de spécification — c'est le rôle de /sdd spec ; ils n'engagent rien tant qu'un humain ne les a pas validés à l'Execution Gate. L'Intent Statement, lui, reste rédigé par un humain.
Les points d'arrêt à l'initiative de l'agent
Le continuum décrit ce que l'humain accorde ; il faut aussi décrire quand l'agent doit revenir vers l'humain. AIAD reprend la typologie proposée par Ethan Mollick en 2026 : l'agent sollicite une approbation (avant une action hors mandat ou irréversible), un avis d'expert (quand la décision dépasse la SPEC), une pluralité de points de vue (quand plusieurs interprétations de l'intention sont plausibles), ou rend simplement l'humain témoin d'une décision notable. La SPEC peut préciser ceux qui s'appliquent, dans sa section optionnelle « Points d'arrêt de l'agent ». Une autonomie plus grande n'est pas un objectif en soi : c'est une variable que l'on dose, SPEC par SPEC. Le détail — périmètre d'exécution, seuil d'arrêt, isolation — est sur la page Autonomie de l'agent.
Une responsabilité démontrable, dans un sens comme dans l'autre
AIAD fait sienne la thèse formulée par Bruce Schneier et Nathan Sanders en juin 2026 : une organisation répond des agents qu'elle déploie et ne devrait pas pouvoir s'abriter derrière « c'est l'IA qui l'a fait » — c'est une thèse, pas état du droit. Si l'organisation répond de ses agents, elle doit pouvoir montrer ce qu'elle leur a demandé (Intent Statement et son auteur), dans quelles limites (SPEC), qui l'a validé (trace de l'Execution Gate) et ce qui a été livré (Drift Lock).
Ces artefacts ne garantissent pas l'issue d'un litige. Ils documentent la diligence de l'organisation et rendent sa responsabilité démontrable — dans un sens comme dans l'autre : une SPEC défectueuse validée à la Gate engage celui qui l'a validée. Une trace qui ne pourrait que disculper ne serait pas une preuve ; c'est précisément ce qui la rend crédible (valeurs 2 et 6).
Réponse directe à l'AI Act (article 14)
Human Authorship constitue une réponse directe aux exigences de supervision humaine imposées par le règlement (UE) 2024/1689 — l'EU AI Act — pour les systèmes à haut risque (article 14). Là où le règlement exige qu'un humain puisse superviser, comprendre et corriger le système, AIAD garantit structurellement que l'intention d'origine est humaine, archivée et vérifiable. L'agent de gouvernance AIAD-AI-ACT en fait un point de contrôle Tier 1, avec droit de veto.
La skill human-authorship-check
Le principe est appliqué mécaniquement par une skill dédiée, déclenchée par /sdd intent, /sdd init et /aiad intention. Elle vérifie cinq points avant tout enregistrement d'artefact stratégique :
| # | Vérification | Échec = signal |
|---|---|---|
| 1 | Le champ Auteur est un nom humain identifiable (pas « Claude », « Agent », « AI », « TBD ») | Auteur non humain |
| 2 | Les 5 champs viennent de l'utilisateur, pas d'une paraphrase de l'agent | Intention dictée par l'agent |
| 3 | « POURQUOI MAINTENANT » cite un déclencheur concret (événement, métrique, échéance) | Intention non mûre |
| 4 | « OBJECTIF » contient au moins une métrique mesurable | Objectif vague |
| 5 | « CRITÈRE DE DRIFT » est un signal observable, pas une intention reformulée | Garde-fou inopérant |
Trois verdicts sont possibles : PASS, FAIL (erreur connue avec correction actionnable — ex. auteur « Claude » → demander le nom humain), ou JNSP (l'humain bute sur « POURQUOI MAINTENANT » : l'intention n'est pas mûre, on repousse la rédaction). Un JNSP est ici un succès de la skill — elle a détecté une zone qui doit rester humaine.
L'Atelier d'Intention — espace humain pur
Le pendant rituel de cette valeur est l'Atelier d'Intention mensuel : 60 minutes, humain pur, pas d'IA. La commande /aiad intention ne sert qu'à le préparer (compilation des Intents du mois, métriques d'alignement, Human Learnings) — jamais à le tenir. Même en mode --fast, l'agent ne saute que les explications sur le rituel, jamais la facilitation humaine elle-même. La question de l'atelier résume toute la valeur : « construisons-nous toujours ce que nous voulions ? »